Une femme découvre qu’elle fait partie des 0,00001 % de la population mondiale qui se souvient de chaque instant de sa vie, y compris avant sa naissance.

Publié le 18 mars 2025

Oublier un mauvais souvenir, chercher un nom qui nous échappe, hésiter sur la date d'un événement passé… Ces petits oublis font partie de la vie quotidienne. Mais imaginez un instant être capable de vous souvenir de chaque détail de votre existence, des sensations de votre enfance aux conversations les plus banales. C'est la réalité de Rebecca Sharrock, une Australienne dotée d'une mémoire autobiographique hautement supérieure (MAHS). Une capacité qui intrigue autant qu'elle interroge : est-ce un don exceptionnel ou un fardeau écrasant ?

Une mémoire hors du commun

Rebecca Sharrock fait partie d’un groupe extrêmement restreint : seulement 0,00001 % de la population mondiale serait capable de revivre chaque instant de leur vie avec une précision absolue. Dès son plus jeune âge, elle s’est rendu compte que sa mémoire fonctionnait différemment. Elle peut se rappeler d’événements vécus lorsqu’elle n’était qu’un nourrisson, y compris la sensation d’être enveloppée dans une couverture en coton rose ou la voix réconfortante de sa mère.

Enfant, elle croyait que tout le monde avait cette capacité. Elle pouvait réciter intégralement des livres lus des années auparavant et se rappeler mot pour mot des discussions de n’importe quel jour. Ce n’est qu’à l’adolescence, en découvrant un reportage sur d’autres personnes dotées de cette mémoire extraordinaire, qu’elle a pris conscience de son unicité.

Mais si cette mémoire hors norme semble être un superpouvoir, elle s’accompagne aussi d’un poids psychologique immense.

Une mémoire qui ne s’efface jamais

Contrairement aux souvenirs classiques qui s’estompent avec le temps, ceux de Rebecca restent intacts, gravés dans son esprit avec une précision troublante. Chaque émotion associée à un souvenir revient avec la même intensité que lors de l’événement. Une dispute d’enfance, une blessure sentimentale ou un moment de joie… Tout est stocké et resurgit sans prévenir.

Cela signifie que pour Rebecca, un souvenir douloureux ne s’atténue jamais. Si une personne ordinaire finit par relativiser un échec ou une perte, son cerveau, lui, la replonge dans l’instant exact où la douleur était à son paroxysme. Elle revit chaque moment heureux ou malheureux comme si c’était hier, rendant la résilience et le lâcher-prise particulièrement difficiles.

Cette caractéristique a des conséquences directes sur son bien-être mental. Les souvenirs négatifs peuvent être envahissants et difficiles à surmonter, augmentant le risque d’anxiété et de stress chronique. De plus, le flot incessant d’informations stockées dans sa mémoire peut l’empêcher de se concentrer pleinement sur le présent.

La science derrière ce phénomène

Les chercheurs s’intéressent de près aux personnes atteintes de mémoire autobiographique hautement supérieure pour comprendre les mécanismes du cerveau. Des études ont montré que certaines régions cérébrales, notamment l’amygdale et l’hippocampe, sont particulièrement développées chez ces individus.

  • L’amygdale, qui joue un rôle clé dans le traitement des émotions, expliquerait pourquoi leurs souvenirs sont si vivaces et émotionnellement marqués.
  • L’hippocampe, impliqué dans la consolidation de la mémoire, serait plus actif, permettant une meilleure organisation et récupération des souvenirs.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, cette mémoire exceptionnelle n’est pas une simple capacité de rétention accrue. Il s’agit plutôt d’un rappel involontaire et constant, où les souvenirs surgissent sans effort conscient, comme si le cerveau rejouait en permanence le film de la vie.

Vivre avec une mémoire infaillible : un défi quotidien

Pour Rebecca, cette mémoire absolue n’est pas toujours un avantage. Dans sa vie sociale, sa capacité à se souvenir de tout peut créer des tensions. Beaucoup de gens oublient naturellement certaines conversations ou détails d’événements passés, mais elle, non. Cela peut mettre ses proches mal à l’aise, voire générer des incompréhensions.

De plus, l’accumulation de souvenirs crée une surcharge mentale permanente. Le cerveau humain est conçu pour oublier certaines informations afin de mieux se concentrer sur l’essentiel. Rebecca, en revanche, est submergée par un flot de données incessant, ce qui peut être épuisant.

Comment gérer une mémoire omniprésente ?

Pour mieux vivre avec sa condition, Rebecca a mis en place plusieurs stratégies :

  • L’écriture : elle tient un journal pour organiser ses pensées et donner un cadre à ses souvenirs, ce qui l’aide à structurer son quotidien.
  • La méditation et la pleine conscience : ces pratiques lui permettent de se recentrer sur le présent et de ne pas se laisser envahir par ses souvenirs.
  • Un accompagnement thérapeutique : des psychologues l’aident à gérer le poids émotionnel de sa mémoire et à développer des techniques pour atténuer l’impact des souvenirs négatifs.
  • Des routines structurées : un emploi du temps prévisible l’aide à réduire le stress causé par l’afflux constant d’informations.

Se souvenir de tout… mais à quel prix ?

L’histoire de Rebecca Sharrock nous pousse à réfléchir à l’importance de l’oubli dans notre équilibre mental. Nous avons tendance à envier ceux qui ont une mémoire exceptionnelle, mais cette capacité peut s’avérer être une arme à double tranchant. Si se rappeler de tout peut sembler fascinant, la mémoire est aussi un filtre essentiel qui nous permet d’avancer, de guérir et d’évoluer.

Finalement, Rebecca nous rappelle que la mémoire, aussi extraordinaire soit-elle, est plus complexe qu’elle n’y paraît. Et peut-être devrions-nous apprécier le fait que notre esprit nous permette d’oublier certaines choses… pour mieux profiter du présent.